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Michel Foucault et les arts

Problèmes d’une généalogie des arts. Une rencontre internationale

Les rapporteurs

René de Ceccatty| Thierry de Duve | Daniel Defert | Wolfgang Ernst | Arne Klawitter | Thomas Lemke | Wilhelm Schmid | Ulrich Johannes Schneider | Walter Seitter |

René de Ceccatty

L’amitié homosexuelle comme force créatrice et mode de vie
René de Ceccatty essaie de reconstruire les pensées de Foucault concernant la homosexualité à partir d’écrits et des interviews. Il est une tâche impossible de parler sur la sexualité sans évoquer la propre sexualité, mais il n y a jamais eu une autobiographie intellectuelle de Foucault. Il est donc le mérite de Ceccatty d’avoir examiné les passages de texte qui discutent les facteurs littéraires, philosophiques, epistemologiques et historiques de comportements homosexuels. Selon l’hypothèse de Ceccatty, le concept de l’homosexualité qu‘avait Foucault est étroitement lié à celui de l’amitié comme l’a vue l’antiquité : comme force créatrice.

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Thierry de Duve

Ah! Manet...
Thierry de Duve décrit sa rencontre avec Foucault, où Manet fût le principal objet de débat. Selon la thèse du professeur d´art belge, le destin de l´avantgarde ne pourrait être compris qu’à partir du développement de l‘art après Manet. Foucault aussi bien que de Duve ont analysé le tableau „Un bar aux Folies-Bergères“ avec profondeur, mais ils ont trouvé des résultats divers : Foucault fît la conclusion que les miroîtements paradoxes dans ce tableau représentent l´invisibilité même et que les positions du spectateur et du peintre y sont questionnées et sondées d´une façon reflexive. De Duve explique son hypothèse de l´acte de peindre décalé dans le temps, qui n‘implique pas un changement de position du peintre, mais une rotation du miroir. De Duve écrit: »Ce n´est pas la science de la perspective mais l’intuition qui forme le point de fuite«.

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Daniel Defert

Voir et dire, pour Foucault
Daniel Defert va inaugurer l’exposition »Michel Foucault et les arts« avec une conférence dans laquelle il va explorer l’univers visuel du philosophe. »Il est certain que les deux passions que nous avons partagées presque quotidiennement dans nos conversations ont été la peinture et la politique«, dit Defert. Partant de la prise de connaissance de la peinture du Quattrocento, accompagnée d’une curiosité intellectuelle face à la peinture contemporaine, c’était toutefois la question du discours, qui était au centre des préoccupations de Foucault. Ainsi, l’« expérience tragique de la folie »ne survécut que dans les tableaux de Bosch ou dans les dessins de Brand. Une ligne invisible de refoulement qui accompagna l’évolution de la peinture, de van Gogh jusqu’aux Surréalistes. Dans les symboles et signes de ces peintures devenus incompréhensibles aujourd’hui, Foucault retrouve un savoir perdu, un savoir qui n’a pas survécu dans une forme textuelle. Ainsi, ce sont les combinaisons paradoxes de textes et d’images de Magritte, les représentations de miroirs et leurs fonctions dans les tableaux de Velazquez et Manet qui vont rendre visible l’invisible.

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Wolfgang Ernst

La loi du disible. Foucault et les médias
Le média préféré de Foucault a sans doute été le langage, son champ d’examination se référait aux archives des pratiques de discours. Introduisant les possibilités des médias en tant que loi technique et logique dans l’analyse du disible, le théoricien de médias Wolfgang Ernst s’inspire d‘une des intentions du »Foucault-Treffen«, de reprendre et de repenser les approches du philosophe. Exprimé avec la terminologie de Foucault, Ernst propose une archéologie des médias, face auxquels le penseur français s‘aurait montré remarquablement aveugle. L’objet de ce dispositif sont les performances et résultats constitutives aux appareils techniques de stockage, de transmission et de calculation d’informations. Ernst explique que la bibliothèque est remplacée par les programmes, que les informations deviennent calculables et que l’archive devient ainsi un système autoreproductif. Wolfgang Ernst essaie de révéler - au-delà de la gouvernementalité - une liaison cybernétique entre homme et machine qui réunit le discours du pouvoir, l‘art de vivre et la matérialité du »hardware«.

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Arne Klawitter

De l’ontologie du langage à l’analyse du discours de la littérature moderne
La question que pose Arne Klawitter est celle de l’applicabilité de la méthode de la problématisation de Foucault à la littérature. C’est pourquoi il introduit une distinction en deux périodes de la réception de la littérature par Foucault: une période plus ancienne datée entre 1962 et 1964, où l’ontologie du langage était au centre des préoccupations du philosophe, puis la période qui s’en suivait et s’y fondait, celle de l’analyse du discours.
Partant de l’exégèse par Foucault des textes de Roussel, de Bataille, de Blanchot et de Klossowski, Klawitter élabore une matrixe qui génère le discours comme nouvel instrument de l’analyse de textes. L’oeuvre de Roussel inspire Foucault à la constatation d’un caractère non-significatif du langage, d’un être du langage qui explique le fait que les choses sont plus nombreux que les possibilités de leur désignation, et ce fait est à l’origine de la richesse du langage. Par la suite, le philosophe français examine les oeuvres de Bataille, de Blanchot et de Klossowski. Ces études lui révèlent une limite, non seulement celle du disible, mais aussi celle du pensable: la finitude de l’épistème moderne. Le langage tourner autour de l’impensable, il encercler l’impensable. Klawitter constate que l’essai de Bataille est d’une signification particulière dans ce contexte, puisque du point de vue de Foucault, le discours de Bataille marque la frontière de l’ordre du discours dominant (en franchissant ses principes) et en même temps, il met en scène la fin de la philosophie du sujet. Dans l’essai »La pensée du dehors«, dédié à Blanchot, le discours se retrouve soi-même, en intégrant sa négativité et son »non-être« dans la pensée, et en révélant, à quel point l’invisible du visible est invisible. Finalement, il se référe aux oeuvres de Klossowski, qui s’opposent au principe de l’identité, et qui traitent ainsi la conscience de soi comme quelque chose qui se fonde dans un dehors.

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Thomas Lemke

Espaces de gouvernement: Art et critique de la gestion d’hommes
Partant d’une archéologie des formes de gouvernement au sens de la techné,qui s’étend des arts d’existence de l’antiquité jusqu’à l’analyse des arts de gouverner néolibéraux, Foucault définit le gouvernement comme technique qui correspond à un ensemble de règles, mais des règles qui ne doivent pas être considérées comme un modèle traditionnel, mais qui font partie du savoir rationnel. En analysant l’évolution morale, économique et politique du gouvernement comme art de gestion de l’Etat, le philosophe déploye un réseau qui ne peut plus être lu comme une instruction d’agir. Il découvre plutôt la conception de gouvernement comme un contrôle de relations entre les hommes et les choses, comme l’écrit Thomas Lemke, chercheur en sciences politiques.
Dans son discours, Lemke va présenter l’art de gestion d’hommes, qui se génère comme un champ de possibilités, et il va expliquer, comment la critique se transforme en force motrice des conditions critiquées même.

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Wilhelm Schmid

D’après Foucault: Techné tou biou à l’exemple du travail pratique dans une clinique
Selon Wilhelm Schmid, la philosophie est caracterisée par un moment d’arrêt et de réflexion. Schmid dit que la tâche de la philosophie serait, plus que jamais, de reprendre les pensées antiques de l’art de vivre, la techné tou biou. Le travail dans une clinique constitue pour lui également une exigence et un défi, puisque le discours académique se cache souvent derrière les murs épais des théories, sans prendre connaissance de la vie. La »Naissance de la clinique« de Foucault est introduite dans la vie quotidienne par l’activité pratique. Selon Schmid, les hommes doivent, surtout là où ils atteignent une liberté, aussi créer des règles, qui vont de nouveau limiter la liberté.

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Ulrich Johannes Schneider

Livres – Savoir – Artificialité
C´est Foucault, qui - avec sa thèse que notre savoir n‘est marqué par un ordre métaphysique, mais que l´ordre émergent est à l´origine du savoir - a refusé la croyance bien ancrée dans l´objectivité des sciences. La bibliothèque pourrait être vue comme un paradigme de »l’art du classement du savoir«. Ulrich Johannes Schneider, chef de département de la très célèbre »Herzog August Bibliothek« à Wolfenbüttel, se met à explorer ce »savoir virtuel«, qui se crée lors de la superposition de différents ordres. Inaperçues et sans être reconnues, les catalogisations, systématisations, indexicalisations des bibliothécaires nouent un réseau qui »inclut quasiment des blibliothèques entières«.

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Walter Seitter

Art de l’histoire. art de la guerre, art de la paix
L’art – qu’est ce que c‘est? Walter Seitter divise ce concept en trois catégories: la plus récente se réfère aux arts de l’art, ou arts de création d’apparitions, comme la peinture, la musique etc. La deuxième catégorie est constituée des arts des spécialistes, comme l’art de la guerre ou l’art de l’Etat. L’art le plus vieux est l’art de vivre. La notion de techné tou biou implique plus que seulement le souci de la propre existence, mais la techné grècque a toujours comporté le savoir, le pouvoir et l’action,il s’agit donc d‘une conception de l’art »intégrale« qui s’est diversifiée pendant le temps des Lumières. Rendre à l’art de vivre la position qu’il mérite a été une préoccupation dominante de Foucault, et c’est ainsi qu’il voulait également reconquérir le champ (de bataille) des arts, déjà cru perdu. Le discours du pouvoir était au centre de son intérêt, et cette question du pouvoir et de l’autodétermination humaine touche évidemment le champ de la morale et de l‘éthique. Selon Walter Seitter, l’art de la guerre évoque un intérêt également épistemologique et morale chez Foucault, puisque les structures du pouvoir ne se révèlent jamais aussi clairement que dans le temps de conflit.
Mais le philosophe s’est aussi intéressé à l’art dans le sens moderne. Ici, l’art de vivre se dépasse soi-même, et l’autodétermination de l’artiste n’est pas un auto-épanouissement, mais il se fonde sur une autre nécessité, écrit Walter Seitter. Pour lui, cette nécessité est chose, une chose qu’il lie étroitement à la personne et à l’oeuvre de Pierre Klossowski. Mais dans ce sens intuitif-littéraire, Foucault aussi est un artiste, et son art est celui de la philosophie de l’histoire.

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