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Michel Foucault et les arts -

Problèmes d’une généalogie des arts

Une rencontre internationale
19. – 22. septembre 2002
ZKM Karlsruhe
en coopération avec le Centre Michel Foucault, Paris

Michel Foucault, qui aurait eu 75 ans le 15 octobre 2001, n’est pas seulement l’un des grands penseurs du XX° siècle, mais il a pratiqué une pensée qui est à la fois unique et diversifiée, tout en se tenant éloignée de toutes les Ecoles, de tous les „ –ismes “ et de toutes les idéologies. Son ultime notion fut celle de »problématisation «. Ses grandes monographies historiques sur la psychiatrie, la médecine, la prison et la sexualité remontent très loin dans le temps et s’arrêtent au milieu du XIX° siècle, mais elles sont écrites dans la perspective d’aujourd’hui. Pour lui, l’enjeu est „»d’analyser non les comportements ni les idées, non les sociétés ni leurs ‘idéologies’, mais les problématisations à travers lesquelles l’être se donne comme pouvant et devant être pensé et les pratiques à partir desquelles elles se forment. «

Dans un entretien avec Paolo Caruso de 1967, Foucault a dit : »Si mes souvenirs sont exacts, je dois la première grande secousse culturelle à des musiciens sériels et dodécaphonistes français – comme Boulez et Barraqué – auxquels j’étais lié par des rapports d’amitié. Ils ont représenté pour moi le premier ‘accroc’ à cet univers dialectique dans lequel j’avais vécu. «
Dans ce que dit Foucault ici, on voit se tendre un arc qui va du milieu des années 50 jusqu’aux derniers travaux de Foucault, jusqu’à la techné tou biou de l‘Antiquité, jusqu’à l’art de vivre. Ses livres sur la folie, sur la clinique, sur les sciences humaines, sur la prison et sur la sexualité ont été accompagnés de livres sur Raymond Roussel et René Magritte, des articles d’histoire littéraire, sur la littérature contemporaine, sur la peinture, sur l’architecture. Il a établi un contact avec des artistes, de même que certains artistes sont entrés en rapport avec lui.

D’un autre côté, dans les arts eux-mêmes, la question de la technologie, y compris celle des nouvelles technologies, a débouché sur de nouvelles conceptions des écoles et des académies des beaux-arts, ainsi que sur des centres multimédias sur le modèle de Beaubourg [par exemple à Karlsruhe, à Francfort sur le Main et à Cologne en Allemagne]. La bonne vieille question „»Qu’est-ce que l’art ?« a de nouveau la cote. Elle touche celle de la classification et de la définition, des matières et des disciplines. Il y est question du rapport entre l’art et la technologie depuis qu’ils se sont séparés, il y a 200 ans, lors de la querelle des Anciens et des Modernes ; elle concerne le vaste domaine de l’art de vivre et de l’éthique.

Le point de départ de Foucault, notamment en ce qui concerne ses travaux historiques, a toujours été le temps présent, et ce temps présent a toujours été déterminé par des expériences esthétiques. C’est sur ce point qu’il rencontre Adorno. Après la mort de celui-ci en 1969, ce lien entre l’expérience esthétique et le travail théorique s’est peu à peu relâché. Peut-être, est-il possible de le retendre grâce à Foucault – mais d’une manière nouvelle et différente. Ce qui doit être au centre de cette Rencontre Internationale, ce n’est ni d’être ou contre Foucault sur le plan idéologique, ni les discours académiques sur Foucault, mais plutôt la question de savoir comment, à partir de Foucault, on découvre des pratiques et des poétiques qui ont ailleurs leur cadre de référence : dans la littérature, la peinture, le cinéma, la musique, l’architecture et la philosophie.

Le lieu d’un tel rendez-vous ne serait-il pas celui où s’opère la rencontre d’un colloque scientifique et d’un festival artistique, à la périphérie de leurs rayons d’action ?
Des artistes, des philosophes et des scientifiques s’y rencontreraient, des amis se rencontreraient : des gens intéressés, curieux, des critiques, rencontreraient Michel Foucault. Cette rencontre veut être une fête, une célébration et, en même temps, un spectacle multimédias, un forum informel. Des films, des exposés, des lectures, des concerts, du théâtre, des expositions, des installations, des discussions, doivent donner à cette rencontre un caractère à la fois académique et joyeux, discret et léger, ironique et exubérant.

- Peter Gente -

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